Montréal, 31 mars 2001  /  No 80
 
 
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François Tremblay étudie en programmation à l'UQAM. 
 
LE CRIMEPENSEUR
  
LA LUTTE CONTRE LE RACISME:
UN ENDOCTRINEMENT FUTILE
  
 par François Tremblay
  
 
          Le dédale des organisations gouvernementales n'est souvent mis au jour que lorsqu'une d'entre elles décide de faire quelque chose de public. Quelle surprise alors d'apprendre que nous payons des centaines de personnes pour faire strictement rien d'utile pour nos libertés!
 
Faux espoirs 
  
          Récemment, le « Conseil des Relations Interculturelles » s'est pointé le nez pour promouvoir sa « Semaine d'actions contre le racisme » du 19 au 25 mars. Premièrement, qu'est-ce qu'un conseil de relations interculturelles? Il décrit son rôle comme étant « de conseiller le ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration dans la planification, la coordination et la mise en oeuvre des politiques gouvernementales relatives aux relations interculturelles et à l'intégration des immigrés, notamment quant au rapprochement interculturel, l'ouverture au pluralisme et à la solidarité entre les générations » 
  
          Huh? Avez-vous bien compris? C'est un conseil qui donne des conseils pour rapprocher tout le monde! Et si je ne veux pas être solidaire des autre générations ou des autres cultures? Je ne dois pas être normal. Il faut se rapprocher et avoir des bonnes « relations interculturelles »! 
  
          L'erreur est évidente. Pour l'illustrer, un exemple: mon propriétaire est une personne « noire ». Quand je lui parle ou lui donne un chèque de loyer, est-ce que c'est une « relations interculturelles »? Et si je déménage, est-ce que c'est un signe d'intolérance envers d'autres races? De prétendre que des individus peuvent être réduits à des contenants pour leur culture ou race manifeste une pensée raciste – des cultures n'ont pas de relations, seul des individus peuvent avoir des relations. Que nous aimions ou pas un individu n'a rien à voir directement avec sa culture.  
  
          Les slogans de la Semaine contre le racisme se basent sur des idées aussi problématiques que la mission de ce Conseil. Prenez, par exemple, « on ne vient pas au monde raciste – pourquoi le devient-on? », le slogan principal de ladite semaine. Cette question, à première vue, semble intéressante. La vision selon laquelle le racisme est inculqué peut être tentante, car elle permet au Conseil de justifier son existence. Elle nous donne espoir que la solution au « problème » est simple et repose seulement sur une meilleure éducation et sensibilisation. Malheureusement, elle est aussi fausse. 
  
Un fait naturel 
  
          Nous sommes des animaux territoriaux et xénophobes par nature, comme nos ancêtres dans l'arbre évolutionnaire. Il est dans l'avantage d'animaux vivant en petits groupes de se protéger contre des éléments étrangers, pour la même raison que Hamilton's Rule (la loi de comportement « altruiste ») existe dans le comportement animal. Les formes d'intolérance comme le racisme et le nationalisme (québécois ou autre) sont une extension logique de cet instinct. Ceci ne devrait pas être considéré comme une insulte ou un désastre, mais un simple fait de la nature. De la même façon, notre désir pour les biens matériels et le désir de compétition, qui sont à la base de l'économie, ne peuvent être magiquement éliminés comme le proposent certains communistes. La compétition fait partie de notre nature – autant contre les prédateurs que contre d'autres êtres humains. 
  
          L'idée que le racisme, donc, doit être diagnostiqué comme une « maladie idéologique » dont nous pouvons être guéri d'un coup de baguette magique est indéfendable. Le racisme n'est pas une « tare » mais un fait naturel. Nous ne pouvons que l'accepter ou le refuser. Il ne faut pas supposer que ceci fait du racisme une manière de penser désirable. En fait, peu de gens diraient d'une façon objective que le racisme ou le nationalisme, en général, sont des manières de penser désirables. À juste titre, puisque la couleur de la peau d'une personne, ou sa culture, ou son âge, ne donne aucune indication sur les capacités ou opinions de cette personne, et ceci pour la même raison qu'une relation entre deux personnes ne peut être une relation « interculturelle ». Tenter d'associer les attributs d'une personne à un groupe abstrait est puérile, quel que soit le statut de la personne qui le fait. 
  
          L'autre thème principal de cette Semaine est celui d'une « conférence internationale » (qui est dénotée comme étant « le point fort » de la semaine): « la ville, lieu d'inclusion et d'exclusion ». Le site où sont décrites les activités de la semaine (non-standard et difficile à naviguer: au nom de la diversité je suppose...) détaille comment nous devons examiner les « modèles de réponse » de chaque gouvernement municipal, et examiner comment le racisme se présente dans divers « espaces » d'une ville, comme les pratiques résidentielles, les services sociaux, la police, le marché du travail, l'éducation. Le résumé de la conférence indique clairement qu'il faut trouver « comment agir » pour changer cette situation. Je suppose que cela veut dire, « par quelles lois allons-nous réglementer la pensée des gens? », bien que le sens n'en soit pas si clair. Cela présuppose, bien sûr, qu'il faille absolument faire quelque chose. 
  
          Le scandale du profilage ethnique aux États-Unis indique que certains de ces problèmes sont certainement bien réels. Mais qu'en est-il des villes en général? Sont-elles des « lieux d'exclusion »? Ceci peut exprimer soit une tautologie, soit une fausseté, dépendant du notre perspective. Techniquement, n'importe quel endroit peut être un « lieu d'exclusion », mais les villes ne sont pas les coupables principaux de ce comportement, en général. Les endroits isolés de la campagne semblent être beaucoup plus propices au racisme, mais ceci est explicable par le manque de diversité dans leur composition démographique, ou comme nos amis du Conseil diraient, d'« interculturalisme ». 
  
  
     « Le racisme n'est pas une "tare" mais un fait naturel. Nous ne pouvons que l'accepter ou le refuser. » 
 
  
          Les activités proposées sèment tout autant le doute quant à leur utilité. Par exemple, la « nuit d'action contre le racisme » consiste en des groupes musicaux et des séances de « graffiti ». Jazz, break-dancing, Hip-Hop sont de la partie. On a aussi, généreusement, une « célébration inter-religieuse » (où est passée la séparation de la religion et de l'État? le chien doit l'avoir mangée). Tout ceci au nom du combat contre le racisme! De plus, le « volet d'éducation » inclut « des ateliers de créations autour du phénomène Hip-Hop » 
  
          Tout ceci semble être du prolealiment inoffensif, et je n'ai rien contre le jazz ou le Hip-Hop – il n'y a rien de mauvais, je suppose, à attirer l'attention de certains jeunes avec ces outils. Mais comment cela aide-t-il le but avoué de ces activités, qui est de combattre le racisme? Est-ce à dire que quelqu'un qui n'aime pas le Hip-Hop, le jazz, ou les amalgames religieux, est intolérant? Quel sorte de message exclusiviste et élitiste est-ce qu'on envoie à nos jeunes? Je pourrais me plaindre que ma culture, ainsi que celle de nombreuses personnes d'autres races que la mienne, n'est pas représentée dans ces activités « antiracisme », mais je suppose que l'élitisme du Conseil n'inclut pas ces personnes. 
  
Antidiscrimination proraciste 
  
          Quelle est la motivation de nos gouvernements pour se lancer dans de telles entreprises, qui ne donnent aucun bienfait social ou économique pour ses citoyens? Dans le cas du Conseil des relations Interculturelles, la raison est simple: pour justifier son existence. Les motifs du gouvernement pour conserver ces organismes sont moins clairs. Les motivations racistes et uniculturelles du Parti québécois et des néo-gauchistes en général se manifestent de plusieurs formes: dans le nationalisme, la rectitude politique, les lois « antidiscrimination », la ségrégation des fumeurs et autres « indésirables ». Il semble qu'il s'agit de mesures populaires pour se donner bonne figure. 
  
          En fait, la charte des droits et libertés québécoise reconnaît le droit de propriété, mais interdit le droit de discrimination des propriétaires d'un établissement commercial ou tout autre « lieu public » par plusieurs clauses, notamment l'obligation de permettre l'accès aux services à tous, l'obligation de ne pas faire usage de discrimination dans l'embauche et les syndicats, et autres. De plus, malgré cette interdiction de la discrimination, le gouvernement du Québec maintient des programmes de racisme sélectif dans ses politiques d'emploi, et de même pour les entreprises faisant affaire avec lui! 
  
          La futilité des lois antidiscrimination réside dans le fait qu'il est dans l'intérêt d'une entreprise d'engager les personnes les plus adaptées à la situation particulière d'une entreprise et d'un marché. De briser cet équilibre au nom d'un pourcentage arbitraire d'emploi entraîne nécessairement des baisses de productivité et de qualité, qui sont documentées. Ceci n'est pas parce que certains groupes de personnes sont moins efficaces que d'autres, mais simplement parce que le groupe de race, sexe ou culture n'a rien à voir avec l'employabilité d'une personne.  
  
          Ceci ne signifie pas, évidemment, que la diversité corporative est indésirable dans tous les cas, mais simplement que de l'imposer déséquilibre le marché de l'emploi. Certaines entreprises bénéficient de cette diversité. Par exemple, la Union Bank of California rapporte que l'attraction de divers segments de la population envers des gens qui les représentent a eu un impact significatif sur les revenus de l'entreprise (Fortune Magazine, Juillet 1999). Des analyses du Fortune 500 et du Standard and Poor's 500 révèlent une possible corrélation entre l'emploi de femmes et de minorités avec le revenu (Catalyst, The 1998 Catalyst Census of Women Board Directors of the Fortune 500, et Federal Glass Ceiling Commission, Mars 1995). Mais des employés ne possédant pas des connaissances suffisantes pour un emploi ne donnent aucun bénéfice à la société, qu'ils soient des hommes ou des femmes. 
  
          Un autre problème pratique de la lutte contre la discrimination est que celle-ci n'est pas nécessairement une forme d'intolérance, et peut se baser sur des faits pertinents. Par exemple, Domino's Pizza a été accusé l'année dernière (dans le District de Columbia) de faire de la discrimination parce que ses livreurs refusaient de faire des livraisons dans des quartiers mal famés, et que ceci était discriminatoire parce que plus de membres de minorités habitaient dans cet endroit. Or, de travailler activement pour sa propre sécurité ne peut être considéré comme de la discrimination au sens négatif du terme! 
  
          La faculté de discrimination permet à toute personne de juger de son meilleur intérêt dans les relations humaines, tant économiques que sociales. Une partie de cet intérêt résidera nécessairement dans l'adaptation aux besoins du consommateur, mais pas aux dépens de tout le reste. 
  
          Le constat final sur ce sujet est que le rôle du gouvernement n'est pas de dicter les politiques d'emploi d'une entreprise, ou même de changer les idées généralement reçues, parce qu'une telle activité ne protège personne, et ne peut se faire que dans la force et l'arbitraire. Un gouvernement ne peut réglementer la pensée humaine directement pour la simple raison que nous n'avons pas présentement le technologie pour le faire, à part des lobotomies. Les néo-gauchistes en sont donc réduits pour l'instant à utiliser les taxes pour prendre le contrôle des médias et des organismes ayant une influence idéologique. Mais en bout de ligne, les solutions sérieuses à l'intolérance, là où il y a problème réel, ne peuvent passer que par la liberté et l'éducation, non par la force de loi et l'élitisme. 
  
 
 
 
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