Montréal, 15 juillet 2004  /  No 144
 
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François Morin est conseiller financier dans la région de Québec.
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BILLET
 
CHOI-FM: À BAS LA LIBERTÉ D'EXPRESSION
  
 par François Morin
  
«Les intellectuels sont portés au totalitarisme bien plus que les gens ordinaires.»
 
– Georges Orwell
  
  
          C’est le genre de nouvelle qui provient habituellement d’une dictature africaine ou d’un pays communiste. On s’imagine difficilement voir cela dans un pays comme le Canada. CHOI-FM, une station radiophonique de Québec, vient d’être ordonnée de cesser d’émettre à compter du 31 août 2004 (voir RADIO CENSURÉE À QUÉBEC, le QL, no 109). Cette décision ne provient pas d’un tribunal mais plutôt de l’organisme de censure du gouvernement canadien, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes.
 
          Sur le site de l’organisme, on peut lire que: «Le Conseil a considéré que des propos offensants exprimés par des animateurs sur les ondes de la station ont risqué d’exposer à la haine ou au mépris certains individus ou groupes d’individus pour des motifs fondés sur la déficience mentale, la race, l’origine ethnique, la religion, la couleur et le sexe. Le Conseil a constaté de plus que des animateurs de la station ont fait preuve d’acharnement indu dans leur utilisation des ondes publiques pour notamment insulter et ridiculiser des gens.» 
  
          Le Canada a longtemps été le défenseur des libertés individuelles tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières. Il est paradoxal de constater que pour sa propre presse cette liberté n’existe pas. Il s’agit ici en fait d’une première de la part du CRTC qui par le passé a plutôt utilisé les techniques du chantage et de la peur pour faire plier les stations récalcitrantes. La liberté d’expression, depuis longtemps sous haute surveillance, vient d’y passer. Cette attaque en règle va mener à une bataille juridique qui à terme risque de sonner le glas soit pour le CRTC, soit pour la liberté. 
 
     «En se cachant sous de faux prétextes de protection de la culture canadienne, de qualité radiophonique et autres balivernes, le gouvernement canadien par le biais de sa créature le CRTC, met un bâillon aux idées dérangeantes.»
 
          Comment mais surtout pourquoi un pays qui a combattu le fascisme et le communisme en est-il arrivé à de tels contrôles? La base de toutes dictatures, qu’elle soit fasciste, démocratique ou communiste, passe en premier par le contrôle des armes et ensuite par celui de la presse. En se cachant sous de faux prétextes de protection de la culture canadienne, de qualité radiophonique et autres balivernes, le gouvernement canadien par le biais de sa créature le CRTC, met un bâillon aux idées dérangeantes. C’est l’équivalent de bannir un parti de l’opposition pour régner en maître sur le pays – tactique depuis toujours utilisée par les diktats.  
  
          Il y a peu de chances que les partis de l’opposition au Québec se lèvent pour défendre des gens qui critiquent vertement les politiciens d’un parti ou de l’autre. Dans cette bataille les politiciens sont unis. En apparence ils peuvent paraître offensés d’une telle décision, mais en réalité ils sont bien heureux de voir disparaître des gens qui les attaquent vraiment. Bastion de la liberté dans les pays en santé, les journalistes au Québec sont plutôt proches des hommes politiques, leur attribuant régulièrement tribune et flatteries. C’est donc une presse complaisante du pouvoir qui se réjouit autant que les politiciens de cette annonce. Derrière de faux sentiments de surprises et de déni factice, c’est l’élite québécoise tout entier qui jubile. 
  
          La démocratie a battu le communisme, battu le fascisme, et remplacé le clergé. Aujourd’hui, la démocratie bafoue les droits individuels des citoyens. La démocratie a brisé ses chaînes et tente d’instaurer une dictature douce. Une dictature où les simples citoyens sont amenés de forces à accepter le discours officiel. Enlever le droit à la libre pensée, à la libre expression s’ajoute à la longue liste de contrôle du peuple. Quelques mois seulement après le projet de loi C-68 sur le contrôle des armes à feux, ce nouvel affront à l’une des libertés les plus fondamentales laisse un goût amer. À suivre… 
 
 
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