Montréal, 15 septembre 2005 • No 158

 

LIBERALIA

 

Christian Michel est propriétaire du site Liberalia.

 
 

L'ANTITERRORISME ENTRE INCOHÉRENCES
ET CONTRADICTIONS (II)

 

par Christian Michel

          La guerre, disait fameusement son plus célèbre penseur, est « la continuation de la politique par d’autres moyens ». Mais n’existe-t-il jamais d’autres moyens de continuer la politique que la guerre?

 

          En conclusion, reprenons les faits et traçons le scénario d’une alternative possible au terrorisme et à la guerre qui lui répond.

          Le terrorisme islamique n’est pas l’initiative de quelques illuminés. Les bien-pensants de l’Occident relèvent qu’aucune manifestation de masse au Moyen-Orient n’a condamné les attentats aveugles. Quelques théologiens ont émis des opinions de droit canon rappelant la prohibition coranique du suicide ou celle de tuer des civils. Mais en Italie contre les Brigades rouges, au Pays basque contre l’ETA, ce furent des centaines de milliers de manifestants qui dénoncèrent dans la rue les crimes commis en leur nom. Certes. Mais les Italiens ne se sont jamais reconnus dans les Brigades rouges. Le mouvement ne fut jamais relié à la population dans le sens que nous indiquions plus tôt.

          Les Basques, s’ils sympathisèrent avec l’ETA à l’époque franquiste, n’en ressentent plus le besoin aujourd’hui. Ils ont obtenu tout ce qu’ils voulaient, reconnaissance de leur identité au sein de l’Espagne, autonomie provinciale, enseignement de la langue… La poursuite de la lutte armée en vue d’une totale indépendance ne les motive plus. Mais qu’ont gagné les Arabes? Résolution du conflit avec Israël? Bonne gouvernance? Irak? Savent-ils d’ailleurs eux-mêmes ce qu’ils veulent?

          Si déposséder un peuple de sa culture ou de sa terre est un acte de guerre, tout projet de résistance passe par l’évaluation des moyens les plus économiques en vies et en matériel pour renverser la situation. Arafat et sa clique furent certainement confortés dans leur choix de la violence par la victoire des terroristes dans les guerres de décolonisation. Sans les détournements d’avion de 1970, sans la sanglante prise d’otages des JO de 1972, le monde, pensaient-ils, n’aurait pas entendu le cri des Palestiniens. Est-ce si sûr? Car si le gouvernement israélien peut montrer une extrême détermination, il doit rendre compte à plus fort que lui. Son sort dépend de l’opinion publique américaine. Et celle-ci s’offusque vite. Il fallait pour l’amener à soutenir la cause d’Arafat une autre stratégie qu’exploser des autobus.

          Les Palestiniens ont gâché leurs chances. Au concours du meilleur martyr, ils partaient bien placés devant un peuple juif devenu « sûr de lui et dominateur », dixit De Gaulle. À chaque provocation israélienne (mépris des décisions de l'ONU; continuation des implantations dans les territoires occupés, même après les accords d'Oslo; marche de Sharon sur le Mont du Temple...), les Palestiniens pouvaient répondre par des encerclements pacifiques de colonies, des marches au flambeau sur Jérusalem, des manifestations de femmes et d'enfants devant les tanks de Tsahal et les caméras de CNN. Avec le vieux fond d'antisémitisme en Occident, l'attrait du pétrole arabe, l'idéologie tiers-mondiste des intellectuels et de la presse, leur affaire se présentait bien. Les Israéliens devenaient clairement les oppresseurs, les Palestiniens les victimes. Par orgueil mal placé et culture de la violence, les Palestiniens ont préféré se donner le mauvais rôle. Ils ont raté l’examen devant la seule puissance, l’opinion publique occidentale, qui pouvait faire triompher leur cause.

          Qu’Arafat ne soit pas Gandhi, on s’en doutait. Le propos est ailleurs. La preuve est apportée que la plus juste des causes ne peut plus être servie par le terrorisme. En cela réside la nouveauté.
 

La guerre après la victoire

          Notre scénario d’alternative à la guerre est basé sur un monde musulman qui n’est pas l’ennemi ontologique du nôtre. L’observance littérale du Coran est une piètre explication d’un différend millénaire. Si les juifs et les chrétiens ont pu contourner ou ignorer les lois « éternelles et immuables » autorisant l’esclavage, condamnant à mort ceux qui violent le Sabbat, à la lapidation les adultères et les blasphémateurs, au bûcher les incestueux(1), nul doute que les habiles casuistes de l’Islam trouveront de nouvelles interprétations dès qu’ils en percevront la nécessité politique (par exemple, basées sur le précepte « Pas de contrainte en religion(2) ».)

          Ces arrangements avec le ciel se négocient déjà(3). L’Islam bouge. Il évolue – et le terrorisme en est la conséquence. C’est au moment des grandes transformations culturelles et économiques, comme les ont vécues la France des années 1780, la Russie du début du 20ème siècle, que le risque de violences est le plus grand, lorsqu’une frange de la société qui peut espérer bénéficier du nouveau régime se heurte à ceux qui craignent pour leurs intérêts et la tradition.

          Le terrorisme est ce combat d’arrière-garde, désespéré, pour éviter une sécession entre la classe en voie d’émancipation et les traditionalistes. La piaillerie des néo-conservateurs, « choc, choc, choc des civilisations », ne résiste pas à l’examen. L’asymétrie des forces en est l’évidence. Toutes les cartes sont dans les mains de l’Occident, culture, technologie, richesse, armée, et même la démographie stabilisée commence d’échapper à l’Islam. Les Soviets recrutaient parmi l’élite intellectuelle et mondaine, les musulmans parmi les paumés. Les fous de Dieu ne peuvent pas vaincre. Tout juste peuvent-ils causer des dommages ici ou là, comme quelque nuit d’ouragan ou un tremblement de terre.

          La responsabilité du gouvernement américain n’est donc pas de gagner une guerre, ce résultat est acquis, mais d’en limiter le coût. Il est comptable des vies perdues, des souffrances inutiles, des gaspillages de ressources, et le jugement de l’Histoire sera sévère.

          Car comme tant de responsables, les Bushistes cherchent moins le succès de la collectivité dont ils ont la charge que d’apparaître, eux, comme les auteurs de ce succès(4). Dans le combat contre l’islamisme, ils ne font rien d’autre qu’alourdir l’addition. Le monde entier triomphe de l’islamisme avec ou sans eux, parce qu’il ne peut pas en être autrement.
 

L’Occident est un oxydant

          L’invective de « munichois » à l’encontre des adversaires de l’intervention militaire au Moyen-Orient n’est pas seulement injurieuse et sotte au regard des faits, elle manifeste le peu de confiance des va-t-en-guerre dans les valeurs même qu’ils prétendent défendre.

          Ne pas agir n’est pas nécessairement subir. Des forces sont à l’oeuvre dans nos sociétés, un élan vital les traverse et les façonne; depuis des siècles, il est un ferment de rationalité, de douceur et de prospérité. Ne pas intervenir militairement consiste simplement à laisser agir ce ferment. C’est lui, son pouvoir d’attraction, qui a oxydé jusqu’à l’écroulement le régime soviétique et s’attaque maintenant à la Chine. L’Islam n’est-il pas encore plus vulnérable? Car il est finalement plus proche de l’Occident que ne l’étaient nos deux précédents ennemis, l’Internationale socialiste soviéto-maoïste et le national-socialisme. Islam et Occident partagent une valeur commune, non pas la démocratie, non pas les droidloms, mais celle qui les a précédés, le capitalisme.

          Le capitalisme est bien notre oxydant, notre arme de destruction massive des préjugés, des violences, des obscurantismes, des traditions brimantes et des modes de vie étouffants. Le « doux commerce », cher à Montesquieu, néglige toutes les classifications religieuses et politiques. « Quelques particuliers audacieux font armer les rois, la guerre s’allume, tout s’embrase, l’Europe est divisée; mais ce négociant anglais, hollandais, russe ou chinois, n’en est pas moins l’ami de mon coeur: nous sommes, sur la surface de la terre, autant de fils de soie qui lient ensemble les nations, et les ramènent à la paix par la nécessité du commerce; voilà, mon fils, ce que c’est qu’un honnête négociant(5). » Sedaine annonçait en 1765 cette heureuse mondialisation, où un être humain n’est plus défini par sa naissance et sa croyance, mais par le service qu’il peut rendre à autrui.

          On peut se demander pourquoi le capitalisme n’est pas né dans les villes cosmopolites et marchandes d’Istanbul, Bagdad et Alexandrie, plutôt qu’à Venise, Amsterdam et Londres. Peut-être parce que l’Islam est trop patriarcal. Tout au long de l’Histoire, le problème des sociétés humaines a été de contrôler la saturation de testostérone dans le monde: trop de machisme, de politique, d’armée, de police et de clergé barbu. Or le capitalisme en se développant entraîne la montée d’une autre forme de pouvoir, qui est son versant féminin, la séduction. Certes, la séduction est un pouvoir, non celui de la trique, du flic et du fisc, mais celui de susciter nos désirs. La mode plutôt que la menace; la publicité plutôt que la punition. Efficace, difficile à résister sans doute, mais la séduction ne tue pas. L’émergence de cette énergie féminine qui dynamise en douceur le capitalisme est une belle avancée de l’humanité; on comprend qu’elle subvertisse plus lentement les sociétés musulmanes si patriarcales.

          « Ramener à la paix par la nécessité du commerce. » L’Histoire n’y verrait pas une victoire du gouvernement américain – mais justement parce qu’elle ne serait pas perçue comme yankee, elle serait plus facile à obtenir. Les gens veulent légitimement visualiser ce qu’ils gagnent à un changement de mode de vie, surtout lorsqu’il affecte une tradition religieuse, si sclérosée soit-elle. Ils veulent être séduits. La liberté économique précède toujours la liberté politique; c’est le capitalisme qui mène au libéralisme, l’introduit insidieusement, prend la société par surprise, elle qui croyait seulement s’enrichir et qui se trouve soudain libre.
 

 

 


          On n’impose pas des valeurs, elles s’imposent. Affirmons les nôtres hautement et fièrement et laissons-les, sans user de nos canons, faire leur travail de séduction.

          Rendons cette justice au gouvernement américain, il n’écoute pas, mais il apprend vite. Sans se couvrir la tête de cendres, les acteurs du second mandat bushiste tirent les leçons d’une trop grande confiance en soi. Leur bilan au Moyen-Orient n’est d’ailleurs pas désastreux. Les Irakiens affirment vivre mieux que sous Saddam (eh, ils ne subissent plus l’embargo); ils classent le terrorisme loin derrière d’autres soucis, les pénuries d’électricité et de logement, la vie chère, le chômage, les queues aux stations-service (dans un pays qui vit sur un lac de pétrole!)(6). Sharon, nul doute sous la pression amicale mais ferme de Washington, déloge les colons de Gaza. Saluons; mais il reste l’essentiel: la pacification des sociétés elles-mêmes. D’autres pays peuvent être des fauteurs de guerres, la Corée du Nord, l’Inde avec le Pakistan, la Chine avec Taiwan… Mais ces conflits paraissent résulter de stratégies d’État maîtrisées, alors que la violence au Moyen-Orient semble sourdre des sociétés elles-mêmes.
 

Pistes vers la paix

          Avec leur culture rouillée, leurs dirigeants corrompus, leur jeunesse sans avenir et le sentiment d’être surclassées dans le monde, il serait étonnant que ces sociétés moyen-orientales fussent euphoriques. Plusieurs initiatives pourraient au moins les pacifier. D’abord, conceptuellement, débrouiller les esprits qui emmêlent dans un grand écheveau démocratie-Amérique-Chrétienté-capitalisme-sionisme et échouent à tirer un de ces fils sans faire venir tous les autres. Être pour la démocratie libérale, pourtant, n’est pas être vendu aux Américains. Être pour le libre marché n’est pas être philosémite. Cette déconstruction d’amalgames est la responsabilité des intellectuels arabes; on voudrait les aider – c’est littéralement une question de vie ou de mort – mais on ne peut pas faire ce travail de discernement à leur place.

          Quatre mesures en revanche sont du ressort des seuls Américains:
 

Retrait militaire d’Irak: Les Américains découvrent qu’une guerre initiée par excès de confiance dans leur suprématie militaire était en réalité psychologique et culturelle; le changement de front sans perdre la face (si l’on peut dire) n’est pas facile.

Fin de la « guerre au terrorisme »: Une bande de criminels détourne des avions et les écrase sur une forte concentration de population. Le nombre de morts rend l’acte spectaculaire mais ne change pas sa nature. L’erreur du gouvernement américain fut d’en promouvoir les commanditaires. Criminels de droit commun, ils devenaient, avec toute l’armée des États-Unis lancée à leurs trousses, des guerriers. Il eût été moins glorieux pour eux et moins coûteux pour le monde de doter Interpol de quelques milliards et lui confier la charge de les arrêter. Les gouvernements arabes pouvaient participer à cette opération de police sans paraître aux yeux de leur opinion publique collaborer avec les Yankees. (Hélas, pour tout gouvernement, le but n’est pas « que justice soit faite! », mais « que moi, votre gouvernement, je sois le justicier. »)

Indépendance par rapport à Israël: Dans une guerre psychologique, ce qui est perçu est ce qui est réel. Or dans toute la région et au-delà, la politique étrangère américaine paraît clairement décidée à Jérusalem. Si l’existence d’un État d’Israël est une donnée irréversible, elle n’implique pas la confusion des intérêts américains et israéliens. Au contraire. Si les Américains veulent gagner la confiance des populations de la région (winning hearts and minds), ils doivent manifester une impartialité sinon réelle, au moins apparente. Les symboles comptent plus que les canons dans la guerre contre l’irrationalité. Pensons à l’importance de la « ligne bleue des Vosges » dans l’imaginaire des Français, de Gibraltar dans celui des Espagnols, des Malouines dans celui des Argentins... Des hommes sont morts pour ces mirages. Celui qui n’a pas vécu une querelle de voisinage ne sait pas comment elle obsède jusqu’à pourrir toute une vie. Israël incarne un de ces conflits de la pure irrationalité, qui pour cette raison même doit être tranché en dehors des parties (c'est-à-dire par les Américains, s’ils peuvent prouver leur sens de l’équité) avant même d’imaginer pacifier la région.

Renonciation au fétichisme de la démocratie: Est-ce ici une provocation? La démocratie est l’idole de notre temps, seul peut-être le sport jouit d’une vénération populaire plus fervente (à cela prêt qu’il est permis de dire qu’on n’aime pas le sport), et voilà que les populations du Moyen-Orient seraient privées des bienfaits de la divinité?

 

Si ambiguë démocratie

          Avant de s’exclamer, ouvrons ce mot-valise de démocratie. On y trouve d’abord une méthode de désignation des gouvernants d’une communauté politique (par élection), associée parfois à des prises de décision des membres de cette communauté (par référendum). « Démocratie » dans ce sens s’oppose à d’autres modes de gouvernement, monarchie héréditaire, dictature, théocratie… Mais dans l’acception la plus courante, est « démocratique » tout ce qui est cool dans le monde, la sécu, l’antiglobalisation, les loyers pas cher, le multiculturalisme, les droidloms, et, certes, les élections, mais seulement lorsqu’elles désignent des dirigeants cool.

          Dans tous les cas, la démocratie n’est pas la liberté. Les journalistes qui frétillaient à l’annonce des chiffres de participation aux élections du 30 janvier en Irak confondent les moyens et la fin. Le vote n’est qu’un moyen; la fin n’est-elle pas un régime ouvert, transparent, garant du droit, vecteur de prospérité? Or il n’est nullement certain que le moyen démocratique garantira cet heureux résultat. Loin s’en faut. Les majorités enthousiastes pour le FIS algérien, pour Arafat en Palestine, pour le candidat le plus dur en Iran contre le plus réformiste (le 17 juin dernier), en témoignent. On peut blâmer les dirigeants égyptiens et les monarchies d’Arabie pour n’être pas « démocratiques », mais quel gouvernement « démocratique » les remplacerait s’ils tenaient des élections?

          Lorsqu’elle est la simple technique de désignation des dirigeants, la démocratie est wertfrei. Peu lui chaut que les électeurs portent au pouvoir des brutes nauséabondes ou de dangereux fanatiques. C’est pourquoi la démocratie ne se présente jamais seule. Un adjectif accolé à son nom révèle quelle idéologie encadre et limite la volonté populaire. Dans une démocratie islamique, le peuple souverain peut voter tout ce qu’il veut, à condition de ne pas remettre en cause les préceptes du Coran. Dans une démocratie populaire, la vulgate socialiste est son cadre de référence, de même que les droits de l’homme dans les démocraties libérales. Or ces idéologies, justement, ne sortent pas des urnes. Ce qui compte n’est donc pas le processus démocratique, mais l’idéologie déjà là, déjà dominante dans la société, et qui restreindra les élus.

          Le moins qu’on puisse dire est que l’idéologie politique libérale n’a pas encore conquis les esprits en Irak et dans la région. Il est donc déraisonnable de prôner l’usage de la démocratie à ceux qui n’y voient que le moyen de légitimer sans recours le pouvoir absolu d’une majorité(7). Les Européens l’avaient compris qui n’accordèrent le suffrage universel qu’après une longue période de maturation, l’élargissant des grands propriétaires à ceux plus modestes, puis aux artisans, aux femmes, aux jeunes de
18 ans.

          Les Chinois aussi semblent vouloir construire une classe « qui a quelque chose à perdre » avant qu’elle ne risque de choisir ceux qui le lui feront perdre. Les Russes ont inversé les facteurs, et ce peuple qui n’avait aucune tradition libérale s’est jeté dans les bras d’un tyranneau qui ne doit qu’à la hausse des prix du pétrole de n’avoir pas ruiné le pays.
 

L’individualisme

          Si contrairement à la Russie, le libéralisme économique ne pose pas de problème au monde musulman, le libéralisme politique y est rejeté pour son individualisme. Cette philosophie a mauvaise presse. Elle est entendue trop souvent comme un appel à la gratification immédiate de plaisirs faciles sans égard pour autrui. Or l’individualisme pose seulement la primauté de la personne humaine sur le collectif. Si mon coeur encore vaillant pouvait sauver un bienfaiteur de l’humanité, nul ne pourrait néanmoins opérer cette greffe sans mon consentement(8).

          Pour le Christianisme, le salut clairement est individuel. Le chrétien ne peut trouver d’excuse à sa faiblesse dans l’attrait du péché. C’est pourquoi si une chrétienne s’habille avec modestie, la motivation est personnelle et pas pour épargner aux mâles la tentation de ses appas. Quel serait leur mérite d’écarter la lubricité si rien ne venait l’éveiller? Quelle preuve d’amour pour Allah et de dévotion au Coran que de rester sobre dans un pays d’où tout alcool est banni? Toujours mineur, toujours irresponsable, le musulman peut gagner le ciel sans aucun mérite, il suffit que la communauté l’ait préservé du vice. Allah préfèrerait-il les incapables aux convertis? N’est-ce pas au contraire dans les sociétés ouvertes et multiculturelles que se trouvent les vrais croyants, qui ont pris le risque d’exercer leur vertu et éprouver leur foi?

          La morale occidentale dans son individualisme est autrement plus exigeante que n’importe quelle morale collective. S’il y a griserie aujourd’hui devant notre libération des moeurs après des siècles de répression, loin d’y voir une décadence qui ne serait que la considération des apparences, il faut y percevoir la possibilité même de la vertu. Libres, nous sommes appelés à rester sobres, chastes, attentifs au prochain, fidèles à nos engagements civiques et religieux, non par peur du gendarme, mais par discipline volontaire. L’Occident est un terreau pour saints et héros. Nous pouvons déjà repérer un renouveau spirituel, loin des leurres du consumérisme. Dans sa mentalité de troupeau et jusqu’à ce qu’il embrasse aussi l’individualisme, l’Islam orthodoxe demeure une école de grands enfants soumis ou meurtriers.

          Un choc des civilisations entre l’Islam en désarroi et l’Occident ne durerait pas plus qu’entre le pot de terre et le pot de fer. La seule force du terroriste est la peur qu’il inspire. Il ne peut gagner, il ne peut que forcer l’adversaire à perdre en déchaînant sa répression. Refusons le piège. Nos sociétés finalement devenues sages et prospères sont des modèles pour le monde. Elles ont plus à craindre l’emportement de dirigeants galvaudant leur énorme puissance sous prétexte de les protéger que les coups bas désespérés d’une bande de déments.

 

1. Voir dans la Bible, resp. Lv. 25 :44 et Ex. 21 :7; Ex. 35 :2; Lv. 24 :10-16; Lv. 20 :14.
2. Le Coran, sourate II, verset 256.
3. On pense à ces « fonds islamiques », dont le seul but est de contourner l’interdiction du prêt à intérêt en baptisant « participation aux profits » la rente servie aux souscripteurs.
4. Voir notre premier article dans cette série.
5. Michel-Jean Sedaine (1719-1797), Le Philosophe sans le savoir, éd. R. Garapont, Paris 1990.
6. http://www.brookings.edu/fp/saban/iraq/index.pdf.
7. Nos barbus gauchistes sont pacifistes, mais aussi incapables de proposer une solution pour l’Irak que les glabres bushistes, car elle ne passe pas par la démocratie, mais par le libéralisme qu’ils exècrent.
8. Est-il surprenant que je sois individualiste?

 

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