Montréal, 15 décembre 2005 • No 161

 

OPINION

 

Patrice Vézine est conseiller principal d'Éducation. On peut lire ses réflexions sur son blogue Liberté Avenir

 
 

LE LIBÉRALISME
ENTRE LA DROITE ET LA GAUCHE

 

par Patrice Vézine

 

          Les magasins de farces et attrape, maintenant que la célébration d’Halloween est passée, ne vont pas manquer de refaire du libéralisme le nouveau gadget effrayant à la mode pour la clientèle politique, à l'occasion des prochaines échéances électorales. Ce libéralisme, si décrié, si mal compris, si mal expliqué et jamais appliqué en France, est malheureusement au centre des intérêts catégoriels au lieu d'être à la place qu'il mérite, c'est-à-dire celle d'une alternative populaire au centre de notre vie politique.

 

          En effet, la gauche et la droite étatistes font du libéralisme une simple petite boîte à outils dans laquelle ils piochent honteusement et en s'excusant pour améliorer l'ordinaire de leurs petites politiques. Ils maintiennent l'illusion d'un intérêt général protégé par l'État, lequel est avant tout l'instrument de leurs carrières et l'alibi de leurs privilèges.

          Les militants de gauche sont sincères dans la défense des petits et je rends hommage à ceux d'entre eux qui se battent avec l'espoir arrimé au coeur. Ils refusent cependant de voir le mal causé par l'État Léviathan: ils ont été éduqués, formés par le constructivisme et font du culte de l'État une religion laïque dont ils attendent, de génération en génération, l'instauration du Paradis sur Terre. Ils voient en l'homme un loup pour l'homme et ont appris à raisonner de manière manichéenne.

          La famille libérale européenne est pourtant à l'origine de la création de l'assurance sociale, des syndicats, des bourses du travail. Les libéraux du 19e siècle étaient classés « à gauche » car leurs combats contre le protectionnisme économique étaient en faveur des petits consommateurs et contre la toute puissance des monopoles et des patrons. Les libéraux contemporains se battent pour l'accession des citoyens les plus défavorisés à la propriété de leur logement, pour la mobilité et la promotion sociale, le mérite, le libre choix de leur école, pour leur donner tous les leviers de leur bonheur individuel librement choisi.

          Pour défendre son projet des restos du coeur, Coluche avait brandi le journal de la Ligue Communiste Révolutionnaire devant les caméras de Canal + en disant: « Donnez de l'argent à nous plutôt qu'à eux. Les gens pauvres, eux ils s'en servent, nous on leur donne à bouffer. »

          Tout est dit.
 

« Les libéraux du 19e siècle étaient classés "à gauche" car leurs combats contre le protectionnisme économique étaient en faveur des petits consommateurs et contre la toute puissance des monopoles et des patrons. »


          Mais les défavorisés intéressent-ils la gauche? Ils sont l'alibi de la défense des intérêts catégoriels des syndicats minoritaires, qui pensent avant tout à leurs propres fiches de paye et à la sécurité de leur emploi.

          La droite a compris toute la valeur du libéralisme dans le domaine économique mais elle reste timorée et décevante dans la gestion des affaires publiques. Elle pèche par son incohérence dans le domaine sociétal. Elle entend parfois nous imposer une vision de la société rigidifiée par un ordre moral d'inspiration religieuse. Elle conserve également une vision de l'État paternaliste et gaulliste.

          Sur les questions de la dépénalisation des drogues douces, du mariage homosexuel, de la laïcité et du pluralisme religieux, les libéraux sont à l'avant-garde de tous les combats pour une société que nous voulons ouverte, chaleureuse et tolérante. Hélas la droite reste prisonnière d'une clientèle électorale relativement conservatrice; elle se doit par conséquent, elle aussi, de satisfaire d'autres intérêts catégoriels.

          Alors le libéralisme est-il à droite ou à gauche?

          Le libéralisme est une pensée cohérente et totale, qui fait de l'individu son objet et son but, de la contractualisation volontaire et du libre choix les régulateurs d'une société pacifique qui offre à tous une chance de réussite et de bonheur individuels.

          Pour caricaturer, il peut être à gauche sur les questions sociétales et à droite en matière d'économie. Est-il au centre? Si « centre » veut dire « consensus mou » ou « immobilisme », nous nous en écartons par notre volonté de réformer courageusement le pays.

          Nous envisageons plutôt le libéralisme comme une véritable alternative qui se veut populaire en inscrivant les citoyens entre eux comme dans leurs rapports avec l'État dans une dynamique « donnant/donnant » et « gagnant/gagnant ».

          Nous avons donc, plus que jamais, besoin d'un mouvement qui saura rassembler des gens de tous horizons pour porter l'espoir d'une « égale liberté individuelle possible pour tous » (Alain Laurent).