Montréal, 12 novembre 2006 • No 201

 

OPINION

 

Mathieu Bréard habite à Montréal.

 
 

L'ÉCOLE À LA MAISON:
UNE ALTERNATIVE À L'ÉTAT

 

par Mathieu Bréard

 

          L’État ne doit pas se substituer à la liberté d’un parent dans le choix de l’éducation de son enfant. Quoi de plus insultant que d’entendre les bien-pensants de notre société chercher à imposer leurs valeurs et leur conception plutôt tordue de la réalité. Depuis quelques années, en réaction à l'école traditionnelle, nous assistons à l’émergence d’un vaste mouvement en faveur de l’école à la maison aux États-Unis (et plus modestement, au Canada).

 

Un libre choix

          Elles sont plus d’un million à choisir cette alternative et la tendance est à la hausse. Ce sont des familles de toutes les origines ethniques et de tous les statuts sociaux. Elles sont établies dans toutes les villes et banlieues du pays. Pourquoi l’école à la maison? D’abord pour sortir son enfant du réseau public confronté à des problématiques de plus en plus contraignantes: surpopulation, influence négative, enseignement trop laïque, pression des pairs, taxage, drogue, gang de rue, violence, etc. Rien pour favoriser l’apprentissage et la motivation. On ne veut pas confier son enfant à un enseignant que l’on n’a pas choisi et avec qui il est difficile d’interagir. Ensuite, vient le souhait de renforcer les liens familiaux et partager des valeurs communes, d’ordre philosophique ou religieux.

          À la maison, les enfants ne sont pas enfermés dans une classe traditionnelle de 8h00 à 15h00, cinq jours par semaine, durant neuf mois. Ils peuvent apprendre à lire ou à s’intéresser à d’autres sujets à leur propre rythme et non selon un horaire strict. L’enfant n’a pas à se battre pour gagner l’attention de son professeur trop occupé avec ses camarades. Contrairement à l’école publique, les parents peuvent traiter chaque enfant en tant qu’individu unique avec ses propres intérêts, talents, forces et faiblesses (voir « Good Day Oregon »). Ils ne sont pas considérés comme de petits robots qui doivent apprendre les mêmes matières, dans le même ordre que les autres.
 

Quand l’État passe en mode panique

          Une enquête menée dans l’État de l’Alabama auprès d’enfants étudiant à la maison révèle que les résultats scolaires de ceux-ci étaient similaires sinon supérieurs à ceux qui fréquentent un établissement public(1). En 1998, lors d’une compétition organisée par la National Merit Scholarship Corporation, 70 enfants issus de l’école à la maison furent sélectionnés pour des compétitions académiques. De plus, beaucoup d’universités recrutent ces étudiants, appréciant leur maturité, leur créativité et leur grande préparation aux évaluations.

          Ces résultats sont perçus comme une menace directe pour les ministères d’Éducation. Leurs écoles reçoivent du financement en fonction du nombre d’étudiants inscrits; plus il y a de parents qui font le choix de l’école à la maison, plus les budgets baissent. Donc, pas question de perdre cette manne si précieuse.
 

« Pourquoi l’école à la maison? D’abord pour sortir son enfant du réseau public confronté à des problématiques de plus en plus contraignantes: surpopulation, influence négative, enseignement trop laïque, pression des pairs, taxage, drogue, gang de rue, etc. »


          Pour protéger le statut quo, des campagnes de peur sont organisées aux États-Unis à l’échelle nationale. On veut inciter les gouvernements à mettre en place des politiques de contrôle pour resserrer l’étau autour de cette pédagogie et éventuellement la faire prohiber. On n’hésite pas à harceler les parents, à les menacer de pénalité sévère en vertu de loi sur la sécurité sociale(2). Lors de son congrès annuel, la National Education Association vote régulièrement des amendements contre l’école à la maison.

Des mythes et des préjugés

          La critique la plus fréquente est cette crainte d’une socialisation déficiente pour l’enfant. On prétend qu’ils ne seront pas suffisamment préparés pour entrer en relation avec les autres et qu’ils vont hypothéquer leur transition vers le monde des adultes. Or, la grande majorité des parents qui enseignent à domicile sont membres de communautés organisées et autonomes.

          Au sein de la Columbia Homeschool Community, dans le Maryland, on offre aux familles toutes sortes de programmes pour favoriser les relations interpersonnelles et le partage d’intérêts communs. Les enfants peuvent participer sur une base hebdomadaire à des activités récréatives, sportives et même des voyages culturels. Non seulement ont-ils de multiples occasions de socialiser, mais ils vivent un enrichissement réel en côtoyant des gens de tous âges. Nous sommes bien loin de cette image très stéréotypée de cette mère de famille faisant l’école à sa fille sur le coin d’une table de cuisine. L’école à la maison ne signifie pas l’école dans la maison.

          Le Docteur Brian Ray, fondateur de la National Home Education Research, constate que les enfants éduqués à la maison ont un plus grand degré d’implication dans la communauté que les autres. En milieu rural et dans certains arrondissements, ces enfants s’impliquent davantage dans les organisations civiques. En 1992, Larry E. Shyers(3), de l’Université de Floride, entreprit un projet de doctorat pour défier le préjugé voulant que les enfants qui font l’école à la maison sont asociaux. L’étude n’a trouvé aucune différence avec ceux qui fréquentent une classe régulière. Même que les « homeschoolers » avaient peu de problèmes de comportement, étant plutôt polis et respectueux.

          Un autre argument consiste à dire que les parents ne sont pas des éducateurs certifiés et qu'ils sont donc incapables d'offrir un enseignement de qualité. Pourtant, cette « certification » n’a jamais été un gage de réussite pour les élèves – il suffit d’observer les hauts taux d’échec en mathématiques ou dans d'autres disciplines qui prévalent dans les bureaucraties publiques pour s'en rendre compte.

          Confronter à des classes engorgées, les professeurs sont incapables d’offrir un enseignement personnalisé. L’enfant se retrouve bien souvent isolé, sans soutien. Et ceux qui peuvent progresser plus rapidement sont pénalisés. Notons également cette uniformité dans les méthodes pédagogiques. On utilise surtout des cours magistraux où l’enfant, loin d’être proactif, est plutôt sujet à l’ennui et à l’inattention. Beaucoup de parents préfèrent opter pour la diversité d’approches plus dynamiques que l’on retrouve sur le marché. Un marché qui ne cesse de croître et qui est alimenté d’une grande variété de sites Internet offrant des programmes complets d’étude, des livres d’instructions, des logiciels interactifs pour accompagner les apprentissages, etc.
 

Pédagogie dérangeante

          Aucun doute, l’école à la maison est une forme de pédagogie qui dérange. Elle dérange, car elle envoie le message qu’il est possible de se dissocier du réseau traditionnel pour se réapproprier sa liberté et sa pleine responsabilité dans l’éducation de ses enfants. Reconnaissons-le, il n’y a pas beaucoup de liberté et de latitude dans le système public. C’est précisément ce piège que cherchent à éviter ceux qui font le choix de l’école à la maison.

 

1. C. J. Daane et Jennie Rakestraw, « Homeschooling: A Profile and Study of Achievement Test Results in Alabama », ERS Spectrum, Vol. 7, No. 2, pages 22-27, printemps 1989.
2. Chaque État américain possède sa propre réglementation sur l’école à la maison et le degré de liberté varie beaucoup. Au Canada, il s’agit d’une juridiction provinciale. Il n’est pas rare de voir l’État, sous l’influence des syndicats d’enseignants, adopter des législations pour restreindre la liberté des parents. Certaines contraintes bureaucratiques peuvent même être une source élevée de frustration.
3. Dr. Larry Shyers, « Comparison of Social Adjustment Between Home and Traditionally Schooled Students », Vol. 8, No. 3, 1992.
 

Suggestions de lecture


1. LauraMaery Gold, Joan M. Zielinski, Homeschool Your Child for Free: More Than 1,200 Smart, Effective, and Practical Resources for Homes Education on The Internet and Beyond, Three Rivers Press, août 2000.
2. Mimi Davis, So - Why do you Homeschool? Answering Questions People Ask About Home Education, Xulon Press, novembre 2005.
3. Harry Valentine, « State behaviour makes the case for homeschooling », le QL, no 126, July 19, 2003, « Bullying and zero tolerance in state schools », le QL, no 103, April 27, 2002.
 

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