Montréal, 15 janvier 2013 • No 307

 

Shawn L. Mac Farlane est bachelier en droit.

 
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La question de la sécurité
dans les écoles québécoises

 

par Shawn L. Mac Farlane

 

          La fusillade survenue récemment dans une école primaire du Connecticut va relancer chez nos voisins du sud le débat sur toute la question du contrôle des armes à feu. Chez nous aussi, les amateurs de contrôle aimeraient probablement profiter de l'occasion pour restreindre encore davantage l'accès aux armes. Je crois cependant que la principale réflexion que doit nous inspirer ce drame ne devrait pas se limiter à cet aspect de la sécurité publique. Nos lois sont déjà passablement différentes, et plus de contrôle ne permettrait pas d'empêcher un tel drame de survenir. L'occasion serait propice toutefois de se questionner sur les mesures de sécurité appliquées dans les écoles de notre belle province afin de réagir efficacement si jamais un déséquilibré décidait de répéter ici ce qu'on a vu se produire chez nos voisins.

 

          Les problèmes à considérer sont nombreux. Au niveau architectural d'abord, nos écoles ont été construites à une époque où l'on n'envisageait pas les risques de fusillades. Les portes de classe sont généralement vitrées et ne se verrouillent pas toujours de l'intérieur, et ça, c'est quand il y a des portes ou qu'elles se verrouillent! Il n'y a généralement qu'une seule sortie par salle de classe et on ne peut que rarement utiliser les fenêtres comme issue de secours. La seule mesure de sécurité pour laquelle nos écoles sont conçues est l'évacuation massive en cas d'incendie. Or, cette mesure est souvent la pire à envisager dans le cas d'une fusillade.

          Beaucoup d'écoles sont accessibles à longueur de journée, la seule mesure de contrôle que l'on retrouve à la porte étant une affiche demandant à tout visiteur de se présenter au secrétariat. On entre dans beaucoup d'écoles beaucoup plus facilement que dans un proverbial moulin!

          La configuration des lieux n'est pas la seule problématique que l'on doit considérer. Il faut aussi changer les mentalités. Pour beaucoup d'intervenants du milieu scolaire, la simple possibilité de tels événements est impossible à envisager. On aime mieux espérer que ça n'arrivera pas dans notre école, on préfère fuir les visions d'horreur. Et même lorsqu'on se résigne à y penser, très peu de membres du personnel ont une connaissance en matière de sécurité ou de gestion du risque qui leur permettraient de proposer des solutions efficaces. Beaucoup d'écoles ont adopté des plans de confinement, et bien que cette solution soit meilleure que de n'avoir aucun plan, il me semble que ça relève beaucoup de l'espoir que le tireur ne sache pas ouvrir une porte (vitrée)...

          Reconnaissons qu'il s'agit d'un problème complexe pour lequel il n'y a pas de solution magique, surtout si l'on désire proposer une idée qui convienne bien à la réalité québécoise et aux choix sociaux effectués au fil des années. Des Américains ont suggéré qu'on devrait armer les enseignants ou les directeurs. Bien que je sois moi-même partisan du droit au port d'arme citoyen, cette solution ne me semble pas envisageable au Québec. Pour des raisons de sécurité d'abord, puisque l'enseignant est régulièrement à courte distance de ses élèves, comme lorsqu'il circule entre des rangées de pupitres par exemple. On ne voudrait pas qu'il se fasse désarmer par un élève, déjà qu'on a des cas dans nos classes pour lesquels on nous demande d'éviter de laisser des ciseaux sans surveillance!
 

« Des Américains ont suggéré qu'on devrait armer les enseignants ou les directeurs. Bien que je sois moi-même partisan du droit au port d'arme citoyen, cette solution ne me semble pas envisageable au Québec. »


          Il serait aussi utile de rappeler que beaucoup d'enseignants, si ce n'est la vaste majorité, ne seraient pas intéressés à travailler armés, ce qui pourrait potentiellement réduire l'efficacité de la mesure. Mais c'est surtout pour des raisons professionnelles et sociales que l'on ne peut envisager cette idée présentement. L'enseignant par ses actions véhicule l'image de la société à bâtir, et il me semble que l'école n'est pas un lieu qui doit faire la promotion du port d'arme. Il s'agit d'une décision éminemment personnelle de la part d'un individu qui doit se questionner sur ses valeurs et sur ses convictions les plus profondes. Qu'il le fasse en tant qu'adulte, soit, mais une institution d'enseignement étatique n'a pas selon moi à lui indiquer quelle position il doit adopter en la matière. De plus, jamais la population n'accepterait cette idée présentement. Doit-on rappeler qu'on refuse d'armer les contrôleurs routiers? Ou encore la difficulté qu'ont eue les douaniers avant qu'on ne leur accorde ce droit? Bien que le débat soit intéressant au niveau idéologique, il ne serait pas pertinent de le faire présentement.

          Comme autres solutions envisageables, beaucoup d'écoles peuvent compter sur un policier à temps partiel, ce qui peut aider en cas d'attaque. Toutefois, on en revient à la stratégie de l'espoir car on souhaite qu'une éventuelle fusillade se déroule pendant la demi-journée où le policier est présent. Certains États américains ont engagés des policiers supplémentaires pour les affecter de façon permanente aux écoles, mais le rôle de la police n'étant pas au Québec d'assurer la sécurité continuelle d'un bâtiment, cette solution ne me semble pas applicable ici. D'autres écoles engagent un agent de sécurité, mais nous conviendrons que cette mesure est complètement inefficace en cas de fusillade, surtout parce que l'agent n'est pas armé et pas formé pour réagir à ce genre d'événement.

          Il me semble qu'on oublie de mettre à contribution un agent de l'État qui serait pourtant le plus approprié dans les circonstances: le constable spécial. Pourquoi limiter sa présence aux édifices gouvernementaux et aux Palais de justice? Il serait parfait pour remplacer les policiers-école et il serait plus efficace qu'eux dans la mesure où il serait affecté de façon permanente à une école. Le constable spécial permettrait aussi de lutter contre la criminalité juvénile que l'on retrouve de plus en plus dans tous les milieux, notamment pour ce qui est du commerce de la drogue, qui circule en abondance même dans les meilleures écoles. Il serait aussi utile pour lutter contre l'intimidation, forme de violence contre laquelle on lutte de plus en plus. Et surtout, c'est un agent de la paix armé qui est apte à réagir en cas de fusillade. On pourrait en avoir deux pour les écoles secondaires de bonne taille, et un par école primaire.

          On objectera à cette proposition que c'est une mesure qui coûterait cher, mais il faut considérer que c'est un service ainsi qu'une mesure de sécurité que l'on ajoute à notre système d'éducation. Tous les intervenants d'une école coûtent cher, que l'on parle de l'enseignant, du conseiller en orientation, de l'animateur de vie spirituelle et communautaire, du travailleur social ou du bibliothécaire. Ces coûts ne nous empêchent pas de considérer que ces services doivent être donnés aux élèves. Pourquoi en serait-il autrement lorsqu'on parle de la sécurité de nos élèves? Les plus libertariens d'entre nous me diront que c'est contre notre philosophie de faire intervenir l'État pour régler ce genre de problème, mais il nous faut tenir compte du contexte québécois. Et il me semble que c'est la mesure qui serait présentement la plus acceptable pour la majorité de la population.

          On a voulu que l'enseignement soit l'affaire de l'État, c'est ce même État qui doit assurer la sécurité des élèves qu'on lui confie ‒ devoir auquel il manque cruellement en ce moment. Attendrons-nous un Sandy Hook québécois pour agir?
 

 

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