Peut-on imaginer un Québec plus libre? | Version imprimée
par Shawn L. Mac Farlane*
Le Québécois Libre, 15 novembre 2013, no 316
Hyperlien: http://www.quebecoislibre.org/13/131115-5.html


Nous, libertariens, constatons quotidiennement les ravages faits par un siècle d'émergence du socialisme. L'incompréhension face à la passivité de nos concitoyens au regard de cette doctrine malsaine est un sentiment que nous ressentons quotidiennement et nous aimerions voir notre société s'améliorer. Nous savons que nos idées pourraient inverser le déclin dans lequel le Québec s'enfonce.

Nous savons par exemple qu'on ne règle pas le problème de fonctionnaires ou d'entrepreneurs corrompus en légiférant davantage, puisqu'ils ne se corrompent que sous l'effet combiné de dépenses publiques monstrueuses et de lois visant à restreindre leur pouvoir de s'approprier les fonds publics.

Nous savons aussi qu'on ne règle pas les questions d'égalité ou de langue par des chartes, mais bien par l'action individuelle des gens composant une collectivité. Nous savons encore que l'évasion fiscale, qui est un exemple patent de l'application de la courbe de Laffer, ne peut se résoudre à l'aide de campagnes de publicités étatiques, mais seulement par l'élimination du concept d'impôt obligatoire.

Ce que nous espérons est un changement structurel complet de notre société. Ne nous leurrons pas, cette modification de la façon de vivre d'un peuple en entier ne viendra pas d'elle-même. Nous ne serons pas le premier peuple dans l'histoire qui aura attendu que la situation devienne invivable avant de risquer le changement.

Une prise de conscience

Deux conditions devront être présentes pour qu’un changement s’impose. On ne pourra faire reculer l'État dans notre province sans que survienne d'abord une prise de conscience que le modèle actuel ne peut plus fonctionner. Et ce phénomène ne se produira qu'une fois que les décisions économiques désastreuses auront produit leurs effets. L'agonie financière sera d'autant plus longue que le système de péréquation tel qu'il existe au Canada récompensera encore longtemps et généreusement notre manque de productivité et nos largesses. Mais à moins d'un revirement majeur de nos politiques économiques, ce jour finira par arriver.

Cette longue descente aux enfers économiques sera accompagnée d’une diminution des libertés du plus grand nombre. Nous savons déjà que la seule liberté réelle des Québécois, celle qui n'exige pas de permis, est de consommer parmi les produits qui lui sont offerts sous la supervision de l'État. Mais cette liberté va être réduite au minimum sous l'effet des augmentations de taxes, de tarifs et d'impôts.

Et la violence de l'État va augmenter de façon proportionnelle aux taxes... Nul n'a besoin d'être violent pour obtenir ce que l'autre lui offre sans résistance. Tant que le seul réflexe des Québécois est de bougonner contre l'impôt au mois d'avril, l'État n'a pas à se montrer plus persuasif qu'il ne l'est présentement. Mais s'il fallait que de plus en plus de gens appauvris remettent en question la légitimité de la contribution annuelle qu'ils sont obligés de faire... La donne changerait, tout comme d'ailleurs la perception de la majorité à l'endroit de ce qui ne serait dès lors plus appelé l'État-providence. Il n'y a rien de providentiel dans la violence et l'intimidation.

Nous n'avons pas beaucoup de pouvoir sur cette première condition. C'est sur la deuxième condition que nous pouvons agir, soit le volet de la connaissance. Il faut continuer de planter la graine que constitue la philosophie libertarienne en proposant nos solutions aux problèmes qui surviennent et en expliquant comment nous aurions pu les éviter dès le départ. Et quelle chance nous avons, les problèmes ne manquant pas!

Un nouveau modèle

Il me semble utopique d'envisager que l'État n'existe plus. Mais il devra être sévèrement limité dans son pouvoir de taxation, et la seule limite qui puisse être vraiment efficace est le respect de la volonté individuelle.

Beaucoup de gens, surtout de gauche, m'ont objecté que plus personne ne paierait d'impôt s'il fallait que la mesure devienne volontaire. Or, ces gens ne font que démontrer que l'impôt tel qu'il est actuellement géré par l'État est injustifiable.

Le libertarianisme est une philosophie profondément réaliste qui postule que nous analysons les bénéfices et des coûts pour chacun des choix que nous devons faire. Dans la mesure où une personne voit les avantages précis qu'elle retire personnellement en acquittant ses taxes ou ses impôts, elle pourra choisir de les payer ou de ne pas bénéficier des services qui y sont attachés. Le respect de l'être humain implique qu'on ne le force pas à faire des choix contre sa volonté, et ce, même si ce qu'il choisit ne nous semble pas être la meilleure option.

On nous objecte également souvent qu'une telle société serait inégalitaire. Elle ne pourrait cependant être moins inégalitaire que la nôtre, qui divise les gens entre ceux qui subventionnent et ceux qui sont subventionnés. Il y a ceux qui travaillent pour le peuple et ceux pour qui le peuple travaille... Si je dois choisir un système inégalitaire, j'aime croire que celui qui permet le choix individuel et la générosité personnelle est supérieur à celui qui impose à une personne de se montrer généreuse envers des causes auxquelles elle ne croit pas tout en l'appauvrissant de telle façon qu'elle ne puisse plus contribuer à ce qui lui tient à coeur.

Aucun système ne peut être parfait, mais si l'on pouvait ériger le respect de l'individu et du résultat de son travail, ses possessions, comme étant une valeur inviolable par tous ‒ et surtout par l'État ‒, il ne pourrait en résulter qu'une société plus juste envers tous.

Ce qui nous amène au deuxième visage que devra avoir cet État. Il devra avoir comme seul but de servir les individus et non les divers groupes de pression ou collectivités, et ceux qui l'animeront ne devront se consacrer qu'à cet absolu.

Nous sommes présentement confrontés à un État mené par des carriéristes tirant des revenus princiers de postes qu'ils n'ont pas les moyens de perdre. Ils oeuvrent donc durant toute leur carrière à être réélus en utilisant au passage tous les mécanismes de l'État pour atteindre ce but.

On gâte des majorités au détriment de minorités qu'on oblige à payer. On attribue des droits et privilèges divers à un groupe alors qu'on restreint effrontément les libertés de ceux qui n'en font pas partie. On se sert du peuple au lieu de servir le peuple... Aucun politicien ou législateur ne devrait pouvoir gagner plus que ce que gagne le travailleur moyen au Québec. Aucun d'entre eux ne devrait pouvoir bénéficier d'avantages qui ne sont pas détenus par la grande majorité des travailleurs du Québec.

Comment justifie-t-on les appartements de fonctions, les comptes de dépenses, les salaires atteignant au minimum deux fois et demi celui d'un ouvrier moyen alors qu'on ne lui demande présentement même pas son avis avant de se servir à même son chèque de paie?

On nous dira qu'on veut attirer la fine fleur de nos concitoyens, qu'on veut encourager ceux qui autrement feraient fortune dans le privé à servir le peuple... Je suis désolé, mais en constatant l'état actuel du Québec, je crois qu'on peut tirer le constat que la mesure s'est avérée totalement inefficace et qu'elle a fort mal servi les individus.

Il n'y a pas que le salaire qui puisse motiver une personne à servir ses semblables, les milliers de bénévoles oeuvrant quotidiennement partout au Québec le prouvent. Mais l'État, tel qu'on l'a bâti actuellement, fait en sorte qu'on attire en politique principalement ceux qui visent l'enrichissement personnel au détriment des millions d'individus.

En permettant aux gens qui nous mènent de légiférer pour favoriser certaines personnes au détriment d'un grand nombre d'autres gens, on crée une société où le pouvoir n'est plus un moyen de servir et d'améliorer son monde, mais bien de se servir et d'améliorer les conditions du groupe auquel on appartient.

La diffusion continue et répétée de ces principes fondamentaux du libertarianisme, soit le respect des gens, de leurs possessions et de leur liberté intrinsèque, est un travail souvent laborieux dans le contexte actuel au Québec. Mais il s'agit d'une oeuvre essentielle afin de s'assurer qu'au moment opportun, nos idées soient considérées dans cet État qui sera alors à reconstruire.

Les grandes luttes se sont faites sur des générations. La reconstruction d'une société où nous ne seront plus considérés comme de simples contribuables, mais bien comme des individus dont on ne peut ignorer les volontés, est un chantier titanesque dans lequel nous ne pouvons éviter de nous impliquer.

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* Shawn L. Mac Farlane est bachelier en droit.