Montréal, 3 septembre 2006 • No 191

 

RECENSION

 

André Dorais a étudié en philosophie et en finance et vit à Montréal.

 
 

MONEY, BANK CREDIT, AND ECONOMIC CYCLES DE JESÚS HUERTA DE SOTO

 

par André Dorais

 

          Jesús Huerta de Soto publiait, à la fin de l’année 1998, Dinero, Crédito Bancario y Ciclos Económicos. Ce livre, de plus de 800 pages, est maintenant disponible gratuitement dans sa version anglaise grâce à l’Institut Ludwig von Mises. Bien que le nombre de pages contenues dans Money, Bank Credit, and Economic Cycles soit intimidant, elles sont courtes et remplies de notes, de sorte que si l’on met ces dernières de côté, le livre se lit assez rapidement. Il s’agit d’un traité sur la monnaie et le monde bancaire – que l'on peut comparer à The Theory of Money and Credit écrit par Mises en 1912 – analysés du point de vue historique, légal et bien sûr économique.

 

          La force de ce livre est qu’il s'appuie sur des principes historiques de droit, toujours valides, mais malheureusement souvent violés. De Soto en fait un recensement en remontant aussi loin que le droit romain, en passant par les codes civil et pénal espagnols, les principes de droit commercial français et plusieurs autres pour soutenir l’idée que les réserves fractionnaires ont de tout temps été considérées comme un détournement de biens. Si cette pratique est toujours courante, c’est d’abord parce que le crime est payant, mais aussi parce que le sujet est complexe et porte à confusion.

          La confusion la plus notoire se trouve entre le dépôt et le prêt. De Soto y consacre ses premiers chapitres. Essentiellement, un montant déposé dans un compte ne constitue pas un prêt à la banque, à moins qu’il en soit précisé ainsi. Les banques utilisent tout de même ces fonds comme des prêts et les prêtent à d'autres. Cette confusion, qui n’est rien de moins qu’une violation de la propriété, entraîne une réduction des réserves, c’est-à-dire des montants déposés et maintenus dans les coffres des banques. On parle alors de réserves fractionnaires plutôt qu’entières. Cela entraîne une augmentation de la quantité de crédit, soit de monnaie fiduciaire, qui, à son tour, conduit aux cycles économiques.

 


Jesús Huerta de Soto,
Money, Bank Credit, and Economic Cycles, Translated
from Spanish by Melinda A. Stroup, Ludwig von Mises Institute, 2006.

 

« La force de ce livre est qu’il s'appuie sur des principes historiques de droit, toujours valides, mais malheureusement souvent violés. »


          Dans les chapitres suivants, de Soto examine le processus d’expansion de la monnaie fiduciaire et ses conséquences. Il consacre également un chapitre à la réfutation des théories du capital avancées par diverses écoles de pensée économique, notamment la keynésienne et la monétariste.

          La confusion entre dépôt et prêt en entraîne une autre, soit de croire que l’on peut atténuer les dangers des réserves fractionnaires en établissant une banque centrale. Or cela ne fait que renforcer une pratique illégale et illégitime. Les réserves fractionnaires ne sont pas inhérentes au marché, mais à l’interventionnisme gouvernemental. Lorsque l’illégitimité est légale et est pratiquée depuis longtemps, les repères se perdent et les valeurs se pervertissent. La raison est trahie par la ruse; trahie par l'État auquel on accorde trop facilement sa confiance.

          L’approche juridique et historique de Jesús Huerta de Soto est originale et possède des traits communs avec la façon dont procède Murray Rothbard. Les termes sont définis dès le départ. De Soto ne parle pas d’éthique, mais tous les principes juridiques qu’il évoque se ramènent au concept de propriété. Son analyse des cycles économiques est élaborée et de qualité (pour une idée du sujet, voir « L'État doit cesser de manipuler les taux d'intérêt », le QL no 183). Elle est d’autant plus plaisante que les citations de Hayek et de Mises ne manquent pas.

          Le seul point faible de ce livre est la proposition de réforme avancée par l’auteur. Elle est compliquée et s’en remet aux autorités gouvernementales pour voir le jour. Or, on ne peut pas dénoncer le loup et lui demander de nous rendre service en même temps. En somme, un bon livre qui résume bien les idées d’Hayek des meilleures années, soit entre 1929 et 1941, et de Mises sur la monnaie et les cycles économiques.
 

 

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