Montréal,  20 nov. - 3 déc. 1999
Numéro 50
 
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    LE QUÉBÉCOIS LIBRE  sollicite des textes d'opinion qui défendent ou contestent le point de vue libertarien sur n'importe quel sujet d'actualité. Les textes doivent avoir entre 700 et 1200 mots. Prière d'inclure votre titre ou profession et le village ou la ville où vous habitez. 
 
 
 
 
 
 
 
 
OPINION
  
LOIS INFÂMES ET CASTRATRICES
 
par Monique Zimmermann(*)
  
  
          Depuis quelques années, je sens en moi la révolte gronder et croître. Encore une loi infâme et castratrice et je crois que je vais péter!  
  
          La dernière-née de ces lois, celle du poison nommé « tabac », m'a coupé les jambes. En effet, je fume, mais, même si j'avais été une non-fumeuse, je l'aurais décriée.  
  
          Je possède un gentil petit commerce, que je mène moi-même, sans emmerder personne, dans lequel je ramasse au gré des jours et des mois, des sommes assez considérables en TPS et en TVQ que je retourne bien volontiers pour pas un rond à notre cher État. Je paye pour ma copine et employée, des cotisations d'assurance-chômage, de Régie des Rentes, de Fonds de services de santé, etc., etc. Tout le monde vient se graisser un peu la patte. 
  
          Hydro-Québec, qui réclame une avance de 400 $ et qui la conserve (en la plaçant bien évidemment à un taux plus élevé que ce qu'il daigne bien vouloir m'offrir) pendant deux ans pour s'assurer lors d'une éventuelle faillite. On voit bien qu'il n'y a que l'État qui ne peut courir aucun risque de perdre de l'argent!  
  
          La Santé et Sécurité au Travail (Oh! que les risques sont grands dans un petit commerce au détail, que l'on se coupe une jambe à la scie tronçonneuse ou que l'on tombe dans le puits de purin, ou qu'une poutre d'acier ne vienne s'écraser sur notre tête) vient bon an, mal an, récupérer pas loin de 300 $. Sans compter les ponctions municipales, quelques 2000 $ de taxes d'affaires, un 900 $ pour les ordures (où sont les ordures?) à raison de deux fois par semaine, moins les jours fériés et les jours où par mégarde l'éboueur les oublie, bref, il m'en coûte 10 $ à chaque passage du camion, que j'aie des poubelles ou pas! 
 
 
Pour faire une histoire courte 
  
          Bon bref, j'ai choisi d'avoir un magasin et j'assume ces inconvénients, ces vols organisés pour une seule raison: celle de protéger ma liberté d'agir et de penser dans ce que je peux – encore – contrôler. Je ne veux pas travailler aujourd'hui? Pas de problème, je ferme la boutique et je serai la seule à pâtir devant mes comptes impayés. Je n'aime pas la tête de ce client impoli? J'ai – encore – la liberté de lui indiquer la porte et s'il n'achète pas, tant pis pour moi. Qu'on me respecte comme je respecte mes semblables. Mais, au moins, je vis, je suis LIBRE.  
  
          Et voilà que la loi sur le Tabac vient me dire à moi, dans mon petit magasin que j'aime, qui est une partie de moi, qui est mon reflet, ma raison de vivre, ma manière d'assurer mon côté rebelle le plus loin possible de l'engrenage infernal de la société, du politically correct, « Madame vous n'avez plus le droit de fumer, ni d'accepter que vos employés fument, ni que vos clients fument! » Horreur! Mais c'est de la dictature pure et simple!  
  
          Pourquoi moi je n'aurais pas le droit de dire aux clients « Monsieur, vous avez une sainte trouille qu'un cancer du poumon vous saute dessus dès que vous aurez mis le pied dans mon magasin parce qu'il s'y traîne une légère odeur de fumée? Mais, vous êtes libre cher Monsieur, aussi libre que moi, restez dehors au grand air, n'entrez surtout pas, votre vie vaut plus qu'un bibelot ou allez l'acheter chez le voisin ou bien, tiens encore mieux, au centre commercial où l'air vicié des conduits de climatisation vous affectera bien moins que ma petite cigarette! » 
  
  
  
« On a interdit à ma fille de manger, sur l'heure du midi, un misérable petit morceau de chocolat! Mauvais pour la santé ça! J'imagine que si je persistais à lui en remettre un autre midi, la DPJ viendrait sonner à ma porte! »
 
 
 
          Pendant qu'on y est, qu'on interdise tout ce qui peut nuire. Le hamburger et les frites qui font prendre du poids et ainsi créent des insuffisances cardiaques qui coûtent cher à notre si merveilleux Ministère de la Santé (ben oui quoi, c'est pas donné d'envoyer nos citoyens se faire soigner aux États-Unis). Les files d'attente à la sortie des stationnements, l'oxyde de carbone, il y a là encore bien plus d'effets néfastes que dans une cigarette et on ne dit rien. On pourrait aussi interdire le stress causé par les hausses d'impôts et les injustices sociales en tout genre... ah mais ça, il faudrait une révolution pour le régler. 
  
Une dernière avant de partir... 
 
          Je vous raconte aussi une dernière petite anecdote qui montre jusqu'où notre société bien-pensante et protectrice peut aller. 
 
          Ma fille a 6 ans, elle est en première année. La semaine dernière, à l'approche de la jolie fête d'Halloween, j'ai fait une gaffe énorme! Oh mère indigne et dénaturée que je suis! J'ai glissé dans son lunch sain et équilibré une petite barre de chocolat (vous savez les minis formats, quelques grammes sans plus, juste pour le plaisir de délecter une bouchée de chocolat). Ma fille rentre consternée l'après-midi de l'école « Maman, je n'ai pas eu le droit de manger mon chocolat » Pardon?  Eh non... « On » a interdit à ma fille de manger, sur l'heure du midi, un misérable petit morceau de chocolat! Mauvais pour la santé ça! J'imagine que si je persistais à lui en remettre un autre midi, la DPJ viendrait sonner à ma porte! 
  
          Allez une petite dernière? Des cartes postales. C'est tout bête des cartes postales n'est-ce pas? Quand on voyage, dans tous les quartiers touristiques du monde, sur les trottoirs, devant les commerces, il y a des présentoirs de cartes postales. Ce n'est pas trop laid, ils indiquent que nous sommes dans une ville, pas à la campagne parmi les moutons, les gens qui se promènent peuvent les regarder tranquillement, bref ils mettent de la vie là où il en faut. Partout au monde je disais? Mais non, partout sauf à Québec! 
 
          Ici, à Québec, on m'a obligée à retirer mon présentoir de cartes postales qui « obstruait la voie publique » selon l'article un tel de la réglementation une telle, adoptée telle date par un tel. Mais non, mon présentoir n'était pas près d'un parcomètre et le gentil schtroumph pouvait quand même venir punir d'une amende le méchant automobiliste qui était en retard de 2 minutes à peine. Mais non, mon présentoir ne bouchait pas le passage... le trottoir devant mon magasin est un trottoir large... une armée pourrait défiler sans gêner le passage des touristes... la preuve? Mon voisin, un restaurateur, y a une grande terrasse. Et mes petites cartes à moi, elles étaient juste à l'angle de mon édifice et de la terrasse de mon voisin. Mais que voulez-vous, la loi c'est la loi! Elle est faite pour être appliquée à tout le monde sans discrimination. 
  
          Bon j'arrête là, je sens le stress me monter au visage et la loi anti-stress n'est pas encore votée. 
 
 
 
(*) Monique Zimmermann est boutiquière à Québec.  >>
 
 
 
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