15 novembre 2014 • No 326 | Archives | Faites une recherche | Newsletter

 

 

   
OPINION
Le jour du Souvenir: Un hommage à des héros ou une célébration impérialiste?
par Manuel Pasquale


Le 11 novembre de chaque année se veut une journée où l'on commémore les vétérans des guerres passées. Cette journée remplie d'émotion semble être entourée d'une aura sacrée, qui l'immunise contre toute critique. S'il ne fait aucun doute que les millions de personnes ayant horriblement souffert à cause des guerres méritent notre compassion, l'idée qu'ils ont combattu et souffert pour de nobles causes comme la liberté et notre sécurité est cependant totalement fausse.

Si le jour du Souvenir est pour certains l'occasion d'exprimer sa gratitude envers les vétérans, pour d'autres, et je parle surtout des politiciens, c'est plutôt une occasion d'utiliser de façon hypocrite et dégoûtante la souffrance de ces millions de gens pour des objectifs politiques bien précis. D'abord pour bien paraître, mais aussi pour associer les guerres à de « nobles causes », car ainsi les soldats morts deviennent des héros, et nos champions du mensonge peuvent donc accuser quiconque critique leurs guerres de manquer de respect envers les vétérans et leurs familles. Le jour du Souvenir se transforme alors en cérémonie étatiste où l'on célèbre l'impérialisme derrière un masque de vertus, d'honneur et de gratitude. La guerre peut ainsi continuer...

Si nos politiciens et autres psychopathes attirés par le pouvoir sont prêts à forcer des millions de gens à mourir, pensez-vous qu'ils auront des scrupules à mentir sur les causes réelles des guerres qu'ils nous imposent? Un dicton nous dit que la vérité est la première victime de la guerre. L'impérialisme est le résultat de l'existence de l'État, une entité immorale qui monopolise le pouvoir et la violence, ce qui attire presqu'inévitablement beaucoup de gens mal intentionnés et favorise grandement la corruption.

Sans État pour transférer de force le coût de la guerre de ceux qui en profitent à ceux qui la subissent, celle-ci serait impossible. L'État rend la guerre profitable, car c'est aussi l'occasion de vendre plein de choses inutiles à l'État, souvent bien au-delà de leur valeur réelle (voir War is Racket de Smedley Butler). Les banques centrales et le système d'éducation public sont aussi des outils importants dont l'État dispose pour faire la guerre. L'un permet de faire durer la guerre en abandonnant l'étalon-or et en imprimant du papier pour voler les citoyens par l'inflation, l'autre sert à endoctriner les enfants à devenir obéissants, patriotiques et conformistes.

Le jour du Souvenir est associé à la fin de la Première Guerre mondiale dont l'armistice fut signé le 11 novembre 1918. Les Alliés continuèrent quand même après cette date à imposer un blocus naval pour forcer l'Allemagne à accepter un traité humiliant en affamant sa population. Cette guerre était fondamentalement de nature impérialiste. Deux groupes rivaux s'affrontaient pour les marchés, les colonies et les ressources.

La Première Guerre mondiale, selon les politiciens de l'époque, devait mettre fin à toutes les guerres et rendre le monde sécuritaire pour la démocratie. En réalité, les Alliés avaient dans leur camp un des régimes le moins démocratique de l'époque, la Russie tsariste, et la plupart d'entre eux imposaient le colonialisme à une partie importante de l'humanité. Si cette guerre mit fin à quelque chose, c'est bien à la vie de millions de personnes et à une époque relativement libre. Elle a causé beaucoup de mécontentements et de désirs de vengeance, elle a contribué à créer le premier État communiste et, 20 ans plus tard, elle a engendré la Seconde Guerre mondiale qui fût encore pire.
 

   

« Qu'il soit bien clair ici que le but du coquelicot blanc n'est pas de s'attaquer aux individus ayant souffert atrocement ou payé de leur vie pour avoir « volontairement » (par endoctrinement) ou de force (par la conscription) participé aux guerres. »

   


Cette guerre soi-disant bonne et nécessaire (et je vous réfère ici à mon article sur le sujet si vous croyez à la nécessité de cette intervention) mène ensuite à la Guerre froide et répand encore davantage le communisme, après avoir causé la mort de plus de 60 millions de personnes et une destruction inimaginable. Les multitudes de conflits et interventions de la Guerre froide ayant fait plusieurs millions de morts supplémentaires ont encore des conséquences très actuelles. Les guerres au Moyen-Orient qui durent depuis plusieurs années n'ont absolument rien réglé, si ce n'est qu'elles ont étalé et stimulé le terrorisme qui vient frapper à nos portes. À cela s'ajoute le fait que les rivalités impérialistes sont toujours présentes et menacent toujours l'humanité à l'ère des armes atomiques.

Si ces millions de soldats étaient morts pour notre liberté, ce serait très facile à démontrer. Nous serions au minimum aussi libres en 2014 que nous l'étions en 1914. Qu'en est-il vraiment?

Pour mener une guerre de cette ampleur l'État grossit énormément puisqu'il planifie l'économie, conscrit, taxe et censure la critique. Même si l'État perd un peu de poids après la guerre, il ne retrouve jamais sa taille d'avant. En 1914, il n'y avait presque pas de taxes ou d'impôts. Les banques centrales n'étaient pas omniprésentes et, avec l'étalon-or, les dépenses gouvernementales étaient très limitées. À la même époque, on pouvait voyager sans passeport et les migrations étaient beaucoup plus simples. On n'avait pas besoin d'autant de permis qu'aujourd'hui pour entreprendre ou bâtir. La drogue était légale. Les gens ne naissaient pas avec une énorme dette publique. L'État n'espionnait pas ses citoyens. Je pourrais continuer, mais cela m'apparaît suffisant pour montrer que nous ne sommes pas plus libres et que la guerre fait grossir l'État et détruit nos libertés.

Le jour du Souvenir est associé au port du coquelicot rouge. Il existe cependant aussi le coquelicot blanc dont la signification se veut d'honorer les vétérans et toutes les victimes des guerres, tout en s'opposant aux guerres et en se dissociant du pouvoir politique qui utilise le jour du Souvenir pour justifier ces guerres. Cette position critique choque bien sûr ceux qui vouent un culte sacré au jour du Souvenir et aux mythologies entourant les guerres. Il est paradoxal que ce soient surtout les organisations très à gauche, comme Québec solidaire, qui en fassent la promotion.

Qu'il soit bien clair ici que le but du coquelicot blanc n'est pas de s'attaquer aux individus ayant souffert atrocement ou payé de leur vie pour avoir « volontairement » (par endoctrinement) ou de force (par la conscription) participé aux guerres. Le but est de dénoncer les guerres, d'exposer les mensonges, à savoir que ce ne sont pas de nobles causes et qu'hélas les vétérans ne sont pas des héros, mais des victimes.

La meilleure façon d'honorer les vétérans et de leur rendre justice est d'exposer la vérité sur les guerres, à savoir que ce sont des tueries à grande échelle servant à enrichir des psychopathes et à défendre des empires. Les conséquences sont que nous sommes moins en sécurité et moins libres. Il est tragique qu'au moment où j'écris ces lignes, le Canada envoie des militaires et des avions de guerre au Moyen-Orient pour présumément combattre l'État islamique, une conséquence des précédentes interventions impérialistes dans la région. Et que suite à une fusillade à Ottawa ayant causé la mort d'un soldat, une hystérie collective fasse en sorte que cette intervention militaire jouisse d'un certain appui populaire et que le gouvernement prépare déjà une loi pour donner plus de pouvoir aux autorités policières. Allons-nous apprendre un jour?

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Manuel Pasquale est technicien aéronautique et termine un bacc en histoire à temps partiel. Il était anciennement d'orientation marxiste avant de s'intéresser aux idées libertariennes et d'y adhérer pleinement.

   
 

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(no 324 - 15 septembre 2014)

   
 
Ama-gi

Première représentation écrite du mot « liberté » en Mésopotamie, environ 2300 av. J.-C.

   


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